26.9.19

LA COULEUR, CAP Royan - France

LA COULEUR, CAP Royan - France - July 5 to September 30, 2019 - Group show Curated by Jean-Pascal Leger , with Pierre Tal Coat, Pascal Ravel, Thomas Muller, Paul Pagk, Joel Denot, Albert Rafols-Casamada, Michel Coutureau, Anna Mark, Jan Voss, Hans Schimanski


from left to right Anna Mark work on paper and Paul Pagk The Duke 2017 oil on linen 76x74inch


5 works on paper 15x11inches



2.4.19

Interaction solo show @ la galerie Eric Dupont 138 rue du Temple 23 mars - 11 mai











































                                                          . .   Labyrinthes de la perception

1. Différents rythmes investissent l’espace. Five 2 One et Motet s’élèvent quand on entre, les battements puissants de l’un et les mesures au cordeau de l’autre mettent les corps en tension. La perception est en alerte. S’élancent dans les airs les notes nocturnes de Straight, No Chaser. La sonorité est densité sombre et éclatante, une invitation à traverser la nuit. Et le rythme se spatialise, devient comme une structure qui imprime fortement la rétine. Devant Strait, No Chaser, on franchit l’isthme, le mince détroit, qui nous plonge dans les profondeurs opaques des nuits sans lune. Nous pénétrons la nuit noire, sillonnée, traversée de trajectoires géométriques étrangement familière et en même temps inconnues. Les toiles déclenchent comme des signaux synesthésiques qui se communiquent au corps entier : la peinture est à son échelle et le déborde à la fois. Elle propose de l’envelopper, de l’entraîner, de le rendre à des sensations fondamentales. Nous sentons, magnétisés, la tension entre les traits qui tracent et les couleurs solaires et marines, les roseurs d’aube d’été qui prennent l’espace, s’étalent et auréolent les volumes, des densités qui n’ont pas besoin de dessin, de contours. Les densités chromatiques pures conditionnent le tracé de traits tendus, nerveux, poings serrés, immiscés dans la matière lumineuse sans début ni fin de la peinture, construisant des structures dynamiques. Nous voyons dans TwoBetween les océans étaler le circuit de leur rotation terrestre entre les deux disques polaires à face unique. Nous sommes harnachés sur une roue de manège à Coney Island, dans le rosissement éclatant du soir. Ces lignes qui tracent et bifurquent, laissent leurs traces parallèles en même temps qu’elles bouclent, organisent une sortie du temps tel que l’on a coutume de l’imaginer, linéaire. Ce temps fabriqué des calendriers et des années dont on fait le décompte est en fait illusoire, qui nous fait croire que le temps coule, s’écoule en ligne droite et s’invisibilise, disparaît. Ces lignes de temps spatialisées dans la peinture s’approchent très près d’une perception intime du temps. Nous touchons des yeux la nuit des temps, et nous regardons, comme la preuve du temps restauré, s’épanouir de l’autre côté de l’espace la très ancienne fleur de lotus sous son nom égyptien primordial Seshen gorgé de sens solaire et démiurgique.
2. Il y a une nouvelle de Borgès qui s’intitule « Le jardin aux sentiers qui bifurquent » qui présente une structure de narrations emboîtées où la dernière dévoile que l’histoire racontée est un labyrinthe contenant toutes les options narratives possibles. La fiction borgésienne, généreuse, ouverte, embrasse en même temps l’infinité des possibilités : les adoptant toutes simultanément, elle crée ainsi divers avenirs, divers temps qui prolifèrent et bifurquent. Mais la fiction ultime, chez Borgès, qui adopte de front les deux principes formels de la profusion et de la simultanéité, est la bibliothèque de tous les livres, le livre de tous les livres, le labyrinthe de tous les labyrinthes, obéissant à une logique réticulaire et paradoxale impossible. L’écriture pour Borgès ne peut conduire qu’au souffle d’une simple évocation, qu’à une vision grandiose et nécessairement fugitive, disparue aussitôt qu’invoquée, devant s’anéantir pour suggérer le Tout. Comme si l’écriture devait se raréfier, reconduire à un état antérieur à un Big Bang initial pour évoquer l’ineffable pluralité infinie des choses, profuses et simultanées.  
3. Alors devant les bifurcations des tracés et les proliférations chromatiques, les interceptions temporelles et les propagations spatiales que présentent ici les peintures de Paul Pagk, c’est comme si l’on sentait singulièrement par contraste ce que la peinture peut faire de différent, et quelle sorte d’affirmation ou de proposition elle est. Ces peintures affirment un sens immanent, non évanescent, non exténué de l’existence. Cependant elles proposent à celle et celui qui regardent de considérer un type de présence qui n’a pas la distinction qu’on a coutume d’attribuer aux choses. La peinture de Paul Pagk, en effet, brouille la perception seulement conceptuelle de celle et celui qui regardent. Elle lui propose une expérience perceptuelle et sensorielle qui implique esprit et corps d’un même tenant, déjouant la dissociation ordinaire de la vision mentale et de la sensation corporelle. La discrimination mentale et la perception sensorielle se mêlent, quand les yeux plongent dans cette matière étale aux chromatismes éclatants et sonores. Ces peintures sont imposantes, ou impressionnantes, impressionnantes dans ce sens que les impressions que nous fait la peinture ici donnent accès à une sorte de continuum perceptuel comme infini. Impressionnantes parce que la proposition déclinée en une dizaine de toiles est de sortir des sentiers battus du temps orienté, linéaire, et aussi de faire une expérience très particulière de l’espace en étant dans toutes les dimensions sensorielles en même temps. Le tableau est ce grand catalyseur qui implique non seulement le temps et l’espace ici et maintenant mais tous les temps et les espaces qui ont existé. Mais cela ne signifie pas que le continuum perceptuel qu’active la peinture de manière propre soit homogène. C’est ainsi que Paul Pagk a commencé à laisser la naissance de la toile apparente. La peinture, si elle n’a ni début ni fin, contient une multitude de temps, éphémères, arrêtés, repris, répétés, durables, disparus, avenirs, tourbillonnants comme dans Spinning Top.
4. Tous ces temps se communiquent dans l’expérience spatiale que vous propose la peinture, qui peut complètement vous faire perdre l’échelle une fois que votre corps et votre esprit ne font plus qu’un. Vous pouvez complètement vous perdre, et vous retrouver en suspension dans la toile, mais vous ne serez pas hors du monde. Cette proposition anti-séparatiste, plurisensorielle, syncrétique est une invitation à faire une toute autre expérience de l’espace non orienté, non borné, mais bien réel, dense et vaste. Vous voyez par l’œil d’Horus, érigé au sein du bleu céleste de la mer mêlée au ciel. Et vous savez désormais que ce mariage du chromatisme volumétrique et de la réticulation fine et persévérante suspend toute finalité intéressée et vous rend la liberté de tout considérer et sentir, et vous donne la possibilité de reprendre le cours du temps tourné vers l’utile sans oublier la leçon éclatante d’Anaphora. La vie, après tout, ce n’est peut-être pas autre chose que du jazz, celui du Duke, écrit certes mais surtout longuement improvisé quand on perd ses repères, qui ne doivent pas de toute façon nous contraindre : les repères demeurent des indications remarquables, distinctes, comme ces trois disques de 3 Circles, mais ils ne sont que des éléments d’une partition de vie en majeure partie non écrite et ressemblant à un labyrinthe paradoxal.
5. Les peintures de Paul Pagk nous font entrer dans ces labyrinthes de la perception à l’échelle de la nature entière. 

Mériam Korichi (2019)
Philosophe, metteure en scène et créatrice des Nuits de la philosophie

                                 Labyrinths of Perception
1. Different rhythms pervade the space. Five 2 One and Motet rise up before us as we enter. The drum beat of the first and the extremely precise measures of the second are electrifying. Our perception is challenged.  Nocturnal notes of Straight, No Chaser rise in the air. The sound is dark, radiating density. It is an invitation to journey through the night when rhythm becomes space and transforms into a brilliant structure that we behold. Confronted by the painting Straight No Chaser, we cross the narrow strait, entering the opaque depths of moonless nights. We enter the black night enveloping a crisscross pattern of geometric paths, strangely familiar and yet unknown. The paintings send synesthetic signals to the entire body. The paintings are in harmonious proportion with the viewer’s body and yet, at the same time, they are overwhelming. They are ready to engulf the viewer, to take hold, to reduce us to fundamental sensations. Magnetized, we feel the tension between the stretching lines and the brilliant colors, evocations of the sun or the sea or a mid-summer dawn. The colors possess the space, radiate out, make the volumes glow. They are pure density, without any need for explicit outlines. This pure chromatic density empowers the lines to stretch, tensely and nervously, as if with clenched fists, and to intrude into the bright, endless painting, building dynamic structures. With TwoBetween, we see the oceans deploy on the circuit of their rotation between the two one-sided polar disks. We are riding the Wonder Wheel at Coney Island, in the radiant pink evening. These stretching and forking lines, making their mark, parallel and circling, offer an escape from our customary notion of time as linear. Such time, made up by calendars, quantified and divided, has us believe that it flows only in one direction and then disappears. This notion is, in fact, an illusion. The timelines that materialize in Paul Pagk’s paintings come approach a very intimate perception of Time. Our eyes touch the mists of time and, as proof of time found again, we see the ancient lotus flower bloom under its primary Egyptian name, Seshen, filled with sun and demiurgic meaning. 
2. There is a short story by Borgès entitled “The Garden of Forking Paths”. It has a complex structure that leads to the idea that the story told in it is a labyrinth comprising all possible narrative options. Borgès’s fiction, generous and open, simultaneously embraces the infinity of possibilities. Taking all of them in, it creates a plurality of futures, a plurality of times that multiply and branch out.  For Borges, the ultimate fiction is the library of all libraries, the book of all books, the labyrinth of all labyrinths, following a reticular, paradoxical, and impossible logic. For Borgès, writing cannot but end up in the breath of a simple invocation, an astounding vision that is necessarily fugitive, gone as quickly as it appears, destined to abolish itself while it suggests the totality of everything. As if the process of writing had to rarefy itself, to lead to a state prior to an initial Big Bang, in order to invoke the inexpressible infinite plurality of things, in all of its profusion and simultaneity.
3. As we contemplate the forking patterns and the chromatic profusion, the temporal interceptions and the spatial propagations of Paul Pagk's paintings, we experience the ways in which painting is different, and the power and affirmation contained in it. These paintings convey an immanent sense of existence, of non-fading away. Nonetheless, the paintings compel the viewer to take into account a sort of presence that does not have the distinction we customarily confer to things. Paul Pagk’s painting challenges the domination of conceptual perception of the mind. It offers a perceptual and sensory experience that engages the body and the mind at once, dispensing with the usual dissociation between intellectual comprehension and bodily sensation. Rational discernment and sensory perception become conflated as the eye absorbs color as matter imbued with intense chromatic and sonorous qualities. The undeniable presence of these paintings opens the door to an infinite perceptual continuum. More impressively yet: within the space of a dozen paintings, Paul Pagk forces us to get off the beaten track of linear time and to engage all of our senses in experiencing space in a very particular way. Painting is the great catalyst through which we experience time and space - not only in the here and now, but in all of their past and future dimensions. But it does not mean that the perceptual continuum that painting activates is homogenous. This is the reason why Paul Pagk, recently, started to make apparent the beginning of his painting process. If painting has no beginning and no end, it contains a multitude of times: ephemeral, interrupted, recurrent, lasting, lost, future, stationary, or whirling like Spinning Top.
4. All these different notions of time are conveyed by the spatial experience embodied in the paintings presented here, and you can easily loose your way as the mind and body merge in contemplation. You can get completely lost, suspended in the painting – yet still remain very much in this world. Multi-sensory and syncretic, this work is an anti-separatist manifesto, an invitation to a wholly different experience of space: a space that is non-directional and non-bounded, but deeply real, dense and vast. You see through the eyes of Horus, poised in the midst of celestial blue of sea mixed with sky. And from this moment on, you know that the union between spatial chromatism and thin yet persistent reticulation suspends any preconceived idea, allowing you the freedom to think and feel. It enables you to go back to the linear course of utilitarian time without forgetting the brilliant lesson of Anaphora: perhaps, life is only jazz after all, evocative of Duke’s music, some of it written and some improvised, unmoored from reference points which should never be a restraint in any case. Points of reference are distinct and clearly marked indications, like Pagk’s 3 Circles, but they are only discrete elements of a life score, a score that is largely unwritten, a paradoxical labyrinth.
5. Paul Pagk’s paintings invite us into these labyrinths of perception which are as open and wide as Nature itself. 
Mériam Korichi (2019)
Philosopher, stage director, and creator of the Nights of Philosophy

accompanying book with text Labyrinths of Perception:



english:
http://www.blurb.fr/b/9353973-paul-pagk-interaction
french:
http://www.blurb.fr/b/9345341-paul-pagk-interaction


20.8.18